Je ne me souviens que du coup sur la nuque. Je ne sais pas comment ils en sont arrivés la. Je ne sais pas s'ils se sont fatigués à trouver un prétexte; Ils ont juste tapé. Ma tête plonge dans le sable pisseux du bac. Je la relève un instant, j'ai le temps de voir un gosse et sa pelle. Puis le nez dedans. J'entends leurs rires. Fort. Partout. Ils rient comme on crie quand on découvre la violence. Ils rient parce qu'ils aiment ça. Ils rient pour se donner le droit de me frapper encore et encore. Des coups et des rires d'enfants. Des rires. Je m'en souviens plus que de la douleur. Des rires. J'en fais de la musique. Souvent sur scène, quand je serai grand, je jouerai contre ce rire. Ma guitare tentera de le transformer, d'en exprimer la violence et le chagrin.
Et sur les rires d'enfants, leurs cris et leurs crachats, j'entends celui de mon père. Un rire rauque et lent.
" Allez, bats-toi comme un homme Keith. Bats-toi !" Et il rit de plus belle. Il m'attrape au collet et soulève mon visage, j'ai du sable dans le nez. J'ouvre la bouche pour respirer. Je le hais. Je n'aimerai plus jamais mon père. Les gosses s'éloignent et il les laisse partir. Les gens rient autour de mon visage plein de sable, de ma bouche ouverte et de mon chagrin. Je dois encore me relever. Parvenir à sortir ce sable de mon nez. Ils rient. Je dois m'en aller du parc, qu'on me regarde de dos. Écouter les rires, en faire de la musique, oui, les transformer en musique? Ça prend du temps de se relever quand on a cinq ans et demi et qu'on est humilié. Quand son père rit de nous avec ceux qui nous ont frappé. Ça prend un temps fou. Je ne les entends plus, juste de ma musique sur leurs visages déformés. Je ne me souviens pas bien d'eux. Tous. Mick ne rit pas, il m'aide avec ses yeux.